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« Just No Sorry » est une application destinée aux femmes et commercialisée sur Chrome Web Store. Le concept est simple. Aider les femmes à lutter contre leur humilité maladive au travail (humilité réelle ou supposée). L’extension assiste l’utilisatrice dans la rédaction de ses mails afin qu’ils reflètent ses qualités de leadership.

Pour le moment l’application « Just No Sorry » n’est disponible qu’en anglais. Mais le potentiel “marché” est considérable.

En 2014, 84% des femmes françaises entre 25 et 49 ans étaient actives (elles occupaient un emploi ou étaient au chômage).

La part de femmes cadres continue d’augmenter ; 40% des femmes étaient cadres en 2012 contre 30% en 1980. D’ailleurs, cette année (2016), Isabelle Kocher est devenue la première femme à diriger une entreprise du CAC 40.

Isabelle Kocher directrice gÈnÈrale dÈlÈguÈe et administratrice de GDF Suez dans son bureau de La DÈfense le 23/10/2014 Photo Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro

 

Avec « Just No Sorry », il s’agirait pour les femmes de mettre toutes les chances de leur côté. Car, ces dernières s’exprimeraient malgré elles de manière « féminine ». Trop dans l’empathie. Trop douces. Toujours dans la conciliation, les femmes auraient intérêt à se masculiniser -du moins dans leur expression écrite- pour s’imposer et rencontrer le succès. Nous voilà donc reparti(e)s avec la fameuse opposition entre les valeurs féminines et les valeurs masculines (compétition, domination, force).

Bien que l’OIT ait constaté que les entreprises dirigées par des femmes étaient plus performantes, j’ai le regret de vous annoncer que ce sont lesdites valeurs masculines qui prédominent au travail. Normal, ce sont les hommes qui commandent. Seuls 5% des PDG des grandes entreprises mondiales sont des femmes. En France, moins de 2 dirigeants salariés sur 10 étaient des femmes en 2009.

Moi, tant que je n’avais pas d’enfant, je gérais, à l’instar d’une majorité de femmes jeunes et ambitieuses. Je voulais être irréprochable aussi performante et productive que n’importe quel homme. Oubliés les règles douloureuses, le rhume, les lendemains de fête, rien ne pouvait m’empêcher de me rendre au travail. J’étais le bon soldat qui ne réclamait jamais d’augmentation ou de congé. Je travaillais dur en ATTENDANT que mon mérite soit reconnu. Et cela arrivait. Parfois dans son extrême bonté, mon patron me gratifiait d’une prime exceptionnelle. Je dois avouer que j’étais atteinte du syndrome de la bonne élève.

Au bout de 5 ans, j’étais promue. Roulements de tambours. Puis stupéfaction.  Car je découvrais  que mes anciens collègues avaient toujours été mieux rémunérés que moi. En effet, je constatais qu’au moment des salaires, la plupart de mes collègues masculins prenaient rendez vous avec le directeur général pour négocier un pourcentage plus élevé sur les commissions en insistant sur leur participation indispensable à la réalisation de l’affaire.

Je tombais des nues. Jamais je n’aurai pensé qu’une telle pratique était envisageable et vous imaginez bien que personne ne s’en était ouvert à mon endroit. Je me contentais du pourcentage convenu par contrat. Comment ne pas penser à l’écart des salaires entre hommes et femmes qui en 2009 s’élevait à 20% pour un plein temps ?

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Être en couple n’a pas facilité les choses non plus. Mes précédents chéris supportaient mal que je m’investisse autant dans mon travail. J’étais « workalholic ». Souvent, je me suis demandée : « Mon comportement aurait-il provoqué ces réactions si j’avais été un homme ? » Sûrement. Peut être pas aussi rapidement.

Un article dans Slate faisait état du fait que le plus grand frein à la carrière d’une femme était un mari ou un compagnon pas assez coopératif autrement dit un homme qui faisait passer sa carrière avant celle de sa compagne. Pour éviter ce drame, l’avocate et historienne Linda Hirshman invitait les femmes à retourner au travail (au lieu de rester au foyer élever leurs enfants) et à épouser des hommes plus âgés qu’elles ou moins ambitieux qu’elles dans son livre polémique « Get to Work : a manifesto for Women of the World ».

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Déjà que ma valeur sur le marché du travail s’était dévaluée sérieusement, je suis tombée enceinte. Pendant 18 mois, j’ai oscillé entre orgueil et culpabilité. Orgueil quand je me la suis jouée comme Rachida Dati (enfin à 9 semaines près). Juste après mon accouchement, je retournais au bureau. J’avais enfin obtenu THE promotion. J’ai dit « Merci Patron», genre « Merci de m’avoir accordé cette opportunité. Je ne croyais tellement pas en moi, que j’ai attendu que vous reconnaissiez enfin la valeur de mon travail- au bout de 5 ans».

En fait, ça été l’enfer ! Plus geôlière que Manager, mon salaire était basé sur un travail de commerciale que je ne voulais plus et que je ne pouvais matériellement plus effectuer. Le tout pendant 10h plus 2 heures de transport aller-retour.

Culpabilité en tant que mère absente. Durant les 6 premiers mois suivant ma grossesse, j’ai dégusté. Je pleurais en partant de chez moi. Toute la journée, je pensais à mon bébé que j’avais délaissé tout en tirant mon lait. Mon enfant a fait ses premiers pas, sans moi. Le premier mot qu’il a prononcé c’était « Papa ». J’étais si heureuse de le retrouver le dimanche mais tellement fatiguée d’avoir travaillé toute la journée de samedi… J’étais une «Maman zombie».

Culpabilité en tant que femme. On dit que le quotidien tue le couple, je peux vous assurer que le stress tue la libido. Mon seul désir était de me vautrer dans un canapé pour regarder un épisode de « The Good Wife » avant de m’endormir assommée de fatigue.

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Je ne suis pas Wonder Woman. Pas de super pouvoirs. Désolée (Oups! Selon «Just No Sorry», je viens de commettre un délit d’humilité). Je suis juste une Française de 1ère génération qui a fait une croix sur ses aspirations pour payer ses factures. Je me souviens encore de ma dernière visite à la médecine du travail. Une fois l’auscultation terminée, la docteresse m’interrogea sur mon niveau d’études. Je lui répondis et intriguée, elle déclara: « Mais comment se fait-il que vous soyez commerciale avec un tel bagage intellectuel ? ». J’ai haussé les épaules. Je ne risquais pas de lui exposer les concepts de discrimination, de plafond de verre et d’intersectionnalité. Je ne les manipulais pas encore. Je ne savais pas. Je suis devenue Femme et Noire sur le tard.

J’ai failli. Je ne suis pas parvenue à incarner la Sainte Trinité, celle de « La Mère, la Sainte et la Putain ». Et alors ?

Le système patriarcal dans lequel nous évoluons ne fait pas de prisonnière. Traduction : « Tu as voulu travailler, maintenant, tu assumes! », sous- entendu: comme un homme. « En revanche, ne t’attends pas à toucher le même salaire pour le même poste, à obtenir aussi rapidement une promotion et à toucher une retraite aussi élevée ». Il faudrait assurer sur tous les plans (la bonne salariée ou l’entrepreneuse de l’année, la bonne compagne, la bonne mère) ou lâcher tout pour devenir femme au foyer (ce qui signifierait travailler sans rémunération ou dédommagement).

Sincèrement, je me demande s’il n’est pas temps d’adopter un nouveau modèle social.

Pourquoi ne pourrions nous pas vivre dans une société plus en accord avec nos vies que l’on soit homme ou femme ? Ne pourrions nous pas être heureux (ses) au travail ? A l’instar de la Suède, des places en crèches et en maternelle pour tous les enfants, une flexibilité des heures de travail pour les deux parents, des revenus équitables à poste égal par exemple… Et pourquoi pas un dédommagement pour les mères de famille comme celui préconisé au Québec ? Bref un changement de société avec l’humain au centre et pas le capital.

Bien évidemment, de telles mesures nécessitent une volonté politique forte, ce dont nous manquons fortement en ce moment.

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Ecrit par Le Miroir

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