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En Grande Bretagne, les salaires des jeunes diplômés noirs sont en moyenne inférieurs de 23% à ceux des jeunes diplômés blancs.

Dans le cadre de sa campagne de lutte contre les discriminations, David Cameron annonçait la semaine dernière qu’une loi obligerait bientôt les universités à publier les origines sociales et ethniques de ses étudiants.

Selon le 1er Ministre, cela révèlerait au grand jour que les minorités ethniques et les classes sociales défavorisées sont faiblement représentées.

Nulle indignation de l’autre côté de la Manche. Depuis 1991, les sujets de la Reine se déterminent par catégorie lors du recensement.

Et en France, où en est-on?

31 décembre 2014. François Hollande, notre Président de la République déclarait “Grande Cause Nationale de l’année 2015, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. Les statistiques ethniques n’ont pas été retenues pour faire partie de l’arsenal gouvernemental. Alors que nous vivons depuis 15 ans, dans un contexte néo réactionnaire où la parole raciste a fini de se décomplexer.

Et oui, aujourd’hui c’est haro sur le politiquement correct! “Le grand remplacement” est en marche (immigration de peuplement) et “le choc des civilisations” ne fait que commencer (islamisation “rampante”). La France est d’ailleurs en train de se suicider en portant sur ses épaules la misère du monde (appel de Pegida pour manifester contre les réfugiés et les immigrés économiques) et parce que ses prisons sont pleines de Noirs et d’Arabes selon Eric Zemmour.

 

 

Envie de vomir ? Normal, c’est l’effet Zemmour.

On réclame à corps et à cris les statistiques ethniques comme s’il s’agissait d’un dispositif qui n’existait pas. En fait, elles sont autorisées dans le cadre de recherche universitaire ou sociologique. Ainsi, l’INED a mené une etude relative au phénomène migratoire en France sur plusieurs génerations (cf l’etude de l’INED “ Trajectoires et Origines”).

Les partisans du « Oui aux statistiques », à l’instar de Robert Ménard souhaiteraient libéraliser leur utilisation « lorsque la connaissance de celles-ci participe de l’établissement des politiques publiques”. Fait assez rare pour être notable ; l’extrême droite rejoint le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) sur ce point.

 

 

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Les partisans du ”Non aux statistiques” se réfèrent à la Constitution du 4 octobre 1958 pour justifier leur refus de voir les statistiques ethniques libéralisées. “La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.”

Ces mesures sont basées sur l’origine, la religion, la race et le genre. Les utiliser reviendrait à provoquer une rupture d’égalité entre les citoyens Français. Car “La discrimination n’est pas une offense faite à « l’Autre », c’est une offense faite au « Même » (Gwénaële Calvès). La LICRA ou SOS Racisme estiment que les statistiques ethniques sont dangereuses car elles pourraient déboucher sur une vision exclusivement « ethno-raciale » de notre société.

Plus personne ne peut remettre en doute l’existence des discriminations liées à l’origine. Les chiffres sont là: le taux de chômage des Français d’origine non européenne atteint les 24,2%, contre 20,2% pour les immigrés provenant d’un pays tiers à l’UE, et 8,7% pour les Français nés de parents eux-mêmes français. Ils ont pourtant suivi un parcours scolaire en France.

Fort de ce constat, Manuel Valls a declare vouloir lutter contre “l’apartheid territorial, social, ethnique”. En avril 2015, le Premier Ministre nous a donc ressorti la DILCRA (la Délégation interministérielle de lutte contre le racisme et l’antisémitisme) de son placard.

Ce n’est pourtant pas lors de cette présentation que j’ai découvert Monsieur Gilles Clavreul, Monsieur Le Délégué. Non, c’est en lisant un portrait dans Libération. J’ai alors compris que le chemin du “Vivre Ensemble” en France serait long et sinueux. En substance, dans cet article, le Délégué faisait dans la hierarchisation des racismes tout en fustigeant le communautarisme : “Tous les racismes sont condamnables, mais le racisme anti-Arabe et anti-Noir n’a pas les mêmes ressorts que l’antisémitisme dans sa violence. Il faut être capable de dire la particularité de l’antisémitisme.” Sic.. Circonspection.

 

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En bref, que fait l’Etat pour briser le plafond de verre? Et bien, le DILCRA fait des communiqués, instaure des comités. Les gouvernements successifs nous ont servi

(dans des ordres différents) une soupe composée de testing, d’un peu de CV anonyme saupoudrée de belles promesses. Résultat: “du changement dans la continuité” au pays des discriminations.

Aux Etats Unis, les statistiques ethniques –promues par le mouvement des droits civiques- ont permis de mettre en place le système de discrimination positive ou “affirmative action”. Mais ce système que certains qualifient de raciste a produit des effets pervers (montée du commmunautarisme et frustration des personnes ne pouvant pas béneficier de cette discrimination positive). A tel point que l’on envisage aujourd’hui de l’abandonner.

En bonne Française nourrie au sein de la République, je reste viscéralement attachée aux valeurs de partage, de respect et d’égalité.

Mais j’ai désepérement besoin de ces statistiques, de ces chiffres, de ces pourcentages. Ces statistiques pour affirmer que j’existe. Ces statistiques pour devenir même. Une citoyenne française comme les autres.

Je ne peux m’empêcher de penser que les chiffres permettraient de faire taire les xénophobes de tous poils. Surtout en ces temps de crise identitaire et migratoire. Oui, ces xénophobes qui utilisent les thèmes de l’immigration (pour “ratonner” de pauvres migrants à Calais), de l’islamophobie pour véhiculer leurs idées nauséabondes. Des statistiques ethniques pourraient permettre l’élaboration de politiques en faveur des victimes de discrimination. Etudier les origines des Français en prenant compte de leur situation sociale et économique. Car lutter contre tous les racismes signifie également lutter contre “le délit de pauvreté”.

 

 

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Ecrit par Le Miroir

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